Henri Roget et Françoise Feuilet sur Paris-Tel Aviv et Retour



Le vivant récit que l'on va lire est la relation d'une liaison France-Israël sur le quadriplace SAN "Mousquetaire". Henri Roget en est l'auteur et qu'il en soit félicité. Nous écrivions récemment que, maintenant, l'aviation légère permettait des liaisons au long cours. En est-il plus belle démonstration, qui consacre la réussite de l'équipage, de la cellule, du moteur, de la radio? Mais écoutons donc "Grand-Père" Conrad de chez nous, dont le 8ième enfant venait au monde alors qu'il était à son voyage en direction de Tel-Aviv.

Dès la livraison du "Mousquetaire" à l'Aéro-Club de Laon, je vis que je pouvais enfin disposer d'un quadriplace qui allait me permettre de belles performances. Ma décision fut vite prise : faire une liaison lointaine et rapide.

Le Moyen-Orient me plaisait assez, qui offrait suffisamment de terre et de mer pour faire un vol intéressant. Je choisi donc Paris-Tel-Aviv, 3600 km environ, moitié continent moitié mer et j'en parlais à Lucien Quérey, qui ne pouvait refuser au "Grand-père" un petit équipement de réservoirs supplémentaires. Françoise Feuillet, qui nous écoutait, saisit aussitôt l'occasion et me proposa de faire équipage avec moi. J'acceptai.

Et c'est ainsi que le 28 juin le "Mousquetaire" F.BIZA de l'Aéroclub de Laon, était fin prêt à Bernay.

Equipement P.S.V complet plus 550 l d'essence. Roger Géromboux, de son côté, avait parfaitement installé ses petites boîtes mystérieuses qui allaient fonctionner sans défaillance : 2 VHF, 1 radio-compas et un VOR. Nous décollons de Bernay pour Paris, d'où le départ devait avoir lieu le lendemain matin.

Lundi : Paris-Athènes

Décollage à 3 h 33 TU. Beau temps. Le jour devient clair rapidement. Nous montons au-dessus des formations nuageuses jusqu'à Moulins où tout est bouché jusqu'au sol, comme prévu par la météo. Nous entrons résolument dans la crasse et, après une heure, en sortons vers Montélimar. La vue de Rhône et du ciel claire est quand même plus reposante.

La côte arrive. Passage verticale Saint-Tropez et cap sur l'île d'Elbe.

Nous avons l'impression de faire une promenade matinale. Les 180 ch du Lycomming ronronnent doucement et bientôt nous arrivons à la côte italienne.

Fiumissino, après 5 h. 5 de vol (vitesse sol, 230 km-h) Tout va bien, mais il nous faut passer au-dessus de la couche pour sauter les pics qui dépassent les 2.000 m. Nous ne regrettons rien, car le spectacle est magnifique et dantesque.

Et voilà Brindisi, que nous passons après 7 h 15 de vol (vitesse sol, 240 km-h). L'Adriatique semble assez fréquentée par de nombreux bateaux de gros tonnage. Pas question de dériver trop au nord. L'Albanie a, parait-il, beaucoup changé depuis le bon roi Zog et les Mig qui y stationnent ont la réputation d'être très chatouilleux de la gâchette...

Maintenant, Corfou-Kerbyra, où nous serions heureux de séjourner si nous n'avions d'autres ambitions. Piste unique avec, presque dans l'axe, un vieux monastère accroché sur un roc. Passage après 8 h 10 de vol. (vitesse sol, 240 km-h).

Nous sentons nettement aux réactions du BIZA un changement dans les turbulences, C'est la Grèce qui nous souhaite la bienvenue en dépêchant vers nous les traditionnels vents des golfes de Patras et de Corinthe. Personnellement, je préférerais plus de discrétion dans ces manifestations qui mettent la vessie à rude épreuve et me font désirer avec beaucoup d'impatience d'arriver à Athènes.

Athènes : première et unique étape. Dans quelques moments, nous y serons. François Feuillet, qui assure toutes les procédures radio, contacte l'approche. Tout va bien, vent calme au sol, plein travers.

N°1 à l'atterrissage. Je pose délicatement le BIZA qui, à peine au sol, est soulevé de quelques mètres par un brutal coup de vent. Un petit coup de moteur et le voilà bien sage qui roule tranquillement ver le parking.

Atterrissage à Athènes après 9 h 57 de vol ; 2.300 km : moyenne vitess sol, 232 km-h.

Formalité de douane vite expédiées. Taxi qui nous emmène de l'aérodrome, dans un hôtel dont la seule vue et l'odeur du quartier nous fait fuir sans attendre. Sans attendre non plus, le chauffeur nous fait voir qu'il est aussi capable d'estamper le client que ceux que j'ai connus quelques années plut tôt au Tanganyika. Bref, nous voilà soulagés de quelques drachmes supplémentaires.

Mardi : Athènes-Tel-Aviv

Toutes formalités de départ terminées, nous décollons à 4 h 30 TU. Cap sur Tel-Aviv direct. Aussitôt le décollage nous volons 10 minutes sur chaque réservoir avant de passer sur supplémentaire avant. Temps splendide. Ciel et mer outrageusement bleus, mais aucune référence visuelle sur la ligne d'horizon. C'est très désagréable et il faut voler 3h durant aux instruments. Pour nous faire oublier cela, après avoir sélectionner les réservoirs pour vérification des jauges, j'épuise complétement le réservoir supplémentaire avant. Celui-ci vidé, le moteur s'arrête. Je passe sur le réservoir supplémentaire arrière. Quelques secondes et le moteur reprend et le voilà qui ronronne à nouveau. Pas pour longtemps toutefois car, au bout d'une demi-minute, il s'arrête... J'avoue avoir eu un petit pincement au coeur. La terre la plus proche était à 400 km de là et, malgré la chaleur, nous n'avions nullement envie de prendre un bain qui risquait d'être long. Je vérifie les maë-weste et m'assure du contact du bateau pneumatique. Quand Françoise Feuillet, qui réfléchit à toute vapeur, s'aperçoit que j'ai oublié de fermer le robinet du réservoir épuisé. Je le ferme et attends. C'est long, 6 ou 7 secondes. Brroum... voilà le moteur repart. Ah! Mes aïeux! quel soulagement et comme il est agréable à entendre tourner, ce Lycoming. De ma vie je n'ai entendu plus belle chanson.

Relévement sur Nicosie. La moyenne est bonne. Bientôt ce sera Tel-Aviv. Encore une heure et nous apercevons la côte plate et la ville. Le V.O.R. ne nous a pas trompé un pouce. Approche, finale, atterrissage et parking.

Atterrissage à TEl-Aviv-Lod après 5 h 10 pour 1220 km de mer (vitesse sol, 230 kl-h 600) - Très bien reçus par des gens qui avaient à peine à croire que ce petit avion venait de Paris après un seul atterrissage à Athènes.

L'accueil qui nous est réservé est vraiment sympathique. M Boney, superintendant, qui avait été avisé de notre arrivée par l'Aéro-Club de France, nous reçoit fort aimablement. La Bedek Aircraft, par son directeur commercial Alfred Lévy, nous prend en charge, assure le garage du BIZA et le transport de l'équipage à Tel-Aviv.

Dès le lendemain matin, les meilleurs pilotes militaires et le chef pilote de la Bedek essaient le "Mousquetaire". Ils sont particulièrement et heureusement étonnés par ses qualités de vols et semblent intéressés par ses possibilités d'avion taxi eet ambulance.

Jeudi 3 juillet. Il faut songer au retour. Pas question vendredi : météo trop mauvaise. Un front froid venant de turquie perturbe violemment la zone de mer que nous devons traverser.

Samedi : Tel-Aviv-Brindisi-Paris.

Finalement, nous décidons de partir samedi 4 juillet et de tenter, au retour, la liaison Tel-Aviv-Paris dans la journée. La dérogation de décollage à 00h 01 TU nous est spontanément accordée.

Décollage à 00 h 35 TU pour Naple. Vent de face de 30 à 40 noeuds. Cette étape de mer de 1860 km environ est la plus longue sur l'eau. Etant donné la force du vent de face, la vitesse se trouve sensiblement affectée et nous préférons faire un atterrissage à Brindisi après 10 h 50 de vol.

Perte de temps à Brindisi avec toutes les formalités qui n'en finissent pas. Finalement, décollage à 14 h. Il n'y a plus de temps à perdre si nous voulons réussir.

Traversée de l'Italie, verticale île d'Elbe, toujours génés par le vent de face qui ne tombera qu'en France avec la nuit. Nous survolons Saint-Tropez au crépuscule.

Marseille-contôle contacté, tout va bien. Nous le prions de demander à Paris l'autorisation pour un atterrissage de nuit. Quinze minutes d'attente et Marseille nous rappelle. L'autorisation nous est accordées. Nous continuons, Montélimar, Moulins... A l'horizon une tache claire sur le ciel noir. C'est Paris et toutes ses lumières qui nous font cherche un instant le balisage des pistes Vent arrière, dernier virage, finale et nous voilà sur la piste, roulant doucement vers le parking derrière la voiture Fellow-Use.

Atterrissage Paris 10 h 30 TU. Nous avions parfaitement réussi la liaison rapide Paris-Tel-Avis, soit 3.600 km dans la jounée.

Conclusions

Chapeau à la météo, dont les prévisions ont été absolument parfaites et grand merci à nos amis de Paris, de Tel-Aviv et aux radios grâce à qui nous avons pu mener à bien et réussier cette performance. Le matériel n'a plus besoin d'être loué. Si le "Mousquetaire" est aujourd'hui le seul quadriplace français valable sur le marché, construit en série et déjà livré à de nombreux exemplaires, il le doit à ses qualités remarquables. Qu'il soit utilisé comme avion de tourisme, taxi, ou sanitaire, je ne pense pas qu'il ait son équivalent actuellement, compte tenu de son prix, de ses performances et de la modicité de ses frais d'entretien. L'équipement radio, réalisé par Radiostal, s'est révélé, lui aussi et une fois de plus, remarquable, et Françoise Feuillet l'a démontré magistralement au cours de cette performance. Elle en a assuré toute la navigation uniquement à l'aide des moyens radio, sans ouvrir ni consulter aucune carte.

The lively story which one will read is the relation of an France-Israel connection on the four-seater SAN "Musketeer". Henri Roget is the author and let us congratulat him . We wrote recently that, now, light aviation allowed long course connections . Is it not the most beautiful demonstration, which devotes the success of the crew, the cell, of the engine and the radio? But thus let us listen to "Grandfather" Conrad from on our premises, from which the 8th child was born whereas he was on his way to Tel-Aviv.

As of the delivery of the "Musketeer" at the Aero club of Laon, I saw that I could finally have four-seater who was going to allow me beautiful performances. My decision was quickly made: to make a remote and fast connection.

I liked enough the Middle East, which offered sufficient ground and sea to make an interesting flight. I selected thus Paris-Such-Aviv, 3600 km approximately, half continent half sea and I spoke to Lucien Quérey about it, who could not refuse "Grandfather" a small equipment of additional tanks. Francoise Feuillet, who listened to us, seizes at once the occasion and proposed to me to make crew with me

And thus on June 28 "Musketeer" F.BIZA of the Aero club of Laon, was ready at Bernay.

Complete equipment P.S.V plus 550 gasoline L. Roger Géromboux, on its side, had perfectly installed his small mysterious boxes which were going to function without failure: 2 VHF, 1 radio compass and a VOR. We take off at Bernay for Paris, from where the departure was to take place the next morning.

Monday: Paris-Athens

Takeoff at 3. 33 TU Beautiful weather. The day becomes clear quickly. We go up above the cloudy formations to Moulins where all is foggy up to the ground, as told by the weather forecast. We resolutely enter the filth and, after one hour, lget out of it towards Montélimar. The clear sight of the river Rhone and the sky is nevertheless more resting.

The coast arrives. Flying above Saint-Tropez and course to the island of Elba.

We have the impression to go for a morning walk. The 180 CH of Lycomming hum gently and soon we arrive at the Italian coast.

Fiumissino, after 5 h. 5 of flight (ground speed, 230 km-H) All goes well, but it is necessary for us to pass above the layer for fly above the peaks which exceed the 2.000 meters. We do not regret anything, because the spectacle is splendid and dantesque.

And here is Brindisi, which we pass after 7. 15 of flight (ground speed, 240 km-H). The Adriatic seems attended enough by many boats of large tonnage. Not question of deriving too much north. Albania has, as said, changed a lot since good king Zog and the Mig ones which stations there have the reputation to be very fast with the trigger...

Now, Corfou-Kerbyra, where we would be happy to remain if we did not have other ambitions. Single track with, almost in the axis, an old monastery hung on a rock. Passage after 8. 10 of vol. (ground speed, 240 km-H).

We clearly feel the reactions of the BIZA a change in turbulences, It is Greece which wishes us the welcome by dispatching towards us the traditional winds of the gulfs of Patras and Corinthe. Personally, I would prefer more discretion in these demonstrations which put the bladder at hard test and make me wish with much impatience to arrive to Athens.

Athens: first and single stage. In a few moments, we will be there. François Feuillet, who ensures all the radio procedures, contacts the approach. All is well, wind calm on the ground, full through.

N°1 with the landing. I delicately pose the BIZA which, hardly on the ground, is raised of a few meters by a brutal strong gale. A small blow of engine and here it is the quite wise one which rolls worm quietly the carpark.

Landing in Athens after 9. 57 of flight; 2.300 km: average vitess ground, 232 km-H.

Formality of customs quickly dispatched. Taxi which takes us along the aerodrome, in a hotel which the only sight and the odor of the district make us flee without waiting. Without waiting either, the driver shows to us that he is as able to rob the customer as easily as those I knew a few years earlier in Tanganyika . In short, we are now relieved of a few additional drachmas.

Tuesday: Athens-such-Aviv

All formalities done for departure, we take off at 4. 30 TU Heading directly for Tel-Aviv. At once takeoff we fly 10 minutes on each tank before passing on the additional one at the front. Splendid time. Sky and sea outrageously blue, but no visual reference on the horizon. It is very unpleasant and it is necessary to fly during 3 hours with the controls only. To make us forget that, after having to select the tanks for gauges checking, I empty the additional front tank completely. This one emptied, the engine stops. I pass on the back additional tank. A few seconds and the engine begins again and here it is which hums again. Not for a long time however because, at the end of one half-minute, it stops... I admit having had a small pinching in the heart. The nearest ground was to 400 km from there and, dispite the heat, we by no means wanted to take a bath a bath which was likely to be long. I check the maë-weste and the presence of the rubber boat. When Françoise Feuillet, who thinks at full throttle, realizes that I forgot to turn off the tap of the exhausted tank. I close it and wait. It is long, 6 or 7 seconds. Brroum... here it is, the engine sets out again. Ah! My goodness! what a relief and how it is pleasant to listen to this Lycoming running. Of my life I did not hear beautiful any more song.

Plotting Nicosie. The average speed is good. Soon it will be Tel-Aviv. Still an hour and we see the flat coast pointing and the city. The V.O.R. did not mislead us an inch. Approach, final, landing and park.

Landing Tel-Aviv-Lod after 5. 10 hours for 1220 km of sea (ground speed, 230 kl-h 600) - very well received by people who hardly believed that this small plane came from Paris after only one landing in Athens.

The reception which is reserved to us is really friendly. Mr. Boney, superintendant, who had been advised of our arrival by the Aero club of France, receives us extremely pleasantly. Bedek Aircraft, by its sales manager Alfred Lévy, is caring after us, ensures the parking of the BIZA and the transport of the crew in Tel-Aviv.

As of the next morning, the best military pilots and the pilot head of Bedek test the "Musketeer". They particularly and are fortunately astonished by its flights qualities and seem interested by its possibilities as a taxi and ambulance plane.

Thursday July 3. It is necessary to think of the return. Not way on Friday : too bad weather. A cold front coming from Turkey violently disturbs the zone of sea we must cross.

Saturday: Tel-Aviv-Brindisi-Paris.

Finally, we decide to leave Saturday July 4 and to try, with the return, the Tel-Aviv-Paris connection in the course of the day. The exemption of takeoff from 00h 01 YOU is spontaneously granted to us.

Takeoff at 00. 35 TU for Naple. Front wind from 30 to 40 miles. This stage of sea of 1860 km approximately is the longest on water. Being given the force of the front wind , speed is slightly affected and we prefer to land at Brindisi after 10. 50 h of flight.

Waste of time in Brindisi with all the formalities which never end. Finally, takeoff at 14 h. there is no more time to lose if we want to succeed.

Crossing of Italy, vertical island of Elba, always disturbed by the frong wind which will fall only in France with the night. We fly over Saint-Tropez in the twilight.

Contacting Marseilles-contôle, every thing goes well. We ask him to request from Paris the authorization for a night landing. Fifteen minutes of waiting and Marseilles calls us back. The authorization is granted to us. We continue, Montélimar, Moulins... In the horizon a clear spot on the black sky. It is Paris and all its lights which make us seeks one moment the beaconing of back the Vent runways, last turn, finale and here us are on the track, rolling gently towards the carpark behind the car Fellow-Uses.

Landing Paris 10. 30 YOU. We had made a success of the fast connection perfectly Paris-Such-Opinion, that is to say 3.600 km in the course of the day.

conclusions

Hat with the weather, whose forecasts were absolutely perfect and large thank you with our friends of Paris, Tel-Aviv and with the radios thanks to which we could conclude successfully and réussier this performance. The material does not need more to be rented. If the "Musketeer" is today only four-seater valid French on the market, built in series and already delivered to many specimens, it owes it with its remarkable qualities. That it is used as private plane, taxi, or medical, I do not think that it currently has its equivalent, taking into account his price, of his performances and the modicity of his maintenance costs. The radio operator equipment, produced by Radiostal, appeared, him also and once more, remarkable, and Francoise Feuillet showed magistralement during this performance. She ensured all navigation of it only using average radio operator, without opening nor to consult any chart

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